Si la Nouvelle-Zélande recèle bien des trésors, à l’image de ses paysages aussi grandioses que variés, la côte ouest de l’archipel sud cache en son sein un véritable joyau : le jade, appelé « pounamu » par les Maoris. Une pierre aux mille et une nuances de vert qui se cache généralement dans le lit des rivières, à l’instar de la rivière Pororari. Raison pour laquelle ces derniers ont baptisé l’île du Sud « Te-Wai-Pounamu » qui signifie littéralement « Les eaux du jade ». La légende raconte que c’est Kupe, premier Polynésien à avoir foulé le sol d’Aotearoa, soit « le pays du long nuage blanc », qui aurait découvert cette pierre.

Les Maoris : sculpteurs ou magiciens ?

Depuis, les populations polynésiennes autochtones de Nouvelle-Zélande n’ont eu de cesse de travailler ce précieux minéral. Les plus belles pierres étant destinées à la confection d’armes de guerre, tandis que celles qui étaient plus craquelées servaient à la réalisation d’objets du quotidien tels que des couteaux. Le « pounamu » est aussi prisé pour la sculpture de bijoux. Le plus emblématique de la culture maorie demeure le « hei-tiki », pendentif de forme humaine qui était porté par les chefs et symbolisait leur statut dans la société, auquel les Maoris prêtent, aujourd’hui encore, des pouvoirs magiques. Transmis de génération en génération, celui-ci renfermerait le « mana » (puissance spirituelle) de chaque ancêtre l’ayant arboré. Une force qui accompagnerait ensuite son nouveau porteur d’où le fait qu’il devient plus précieux au fil des décennies.

Le jade ou néphrite se révèle aussi sacré qu’indomptable. Ses fibres aussi serrées que celles du cristal lui conférant une extrême résistance et la coque de cailloux l’entourant le rendent très difficile à sculpter. Originellement, la pierre devait être frottée contre du grès. Un travail délicat et minutieux auquel les Maoris pouvaient s’atteler pendant deux ans pour une seule pierre. Aujourd’hui, les techniques et les outils ont évolué mais un rituel perdure : celui qu’ont les sculpteurs de jade de bénir la pierre avant de la tailler et son porteur avant de lui offrir. Car la coutume veut que la néphrite doit être offerte à autrui en signe d’amour ou de paix, étant elle-même un cadeau de la nature.

Des croyances gravées dans la pierre

Tendez bien l’oreille… vous pourriez entendre les échos de la complainte de deuil de Tamaahua, guerrier pugnace et mari déchu. La légende raconte en effet que sa femme, Waitiki, et le gardien de la pierre du mana, Poutini, seraient tombés follement amoureux l’un de l’autre et que, pour vivre leur amour, se seraient enfuis loin du courroux de Tamaahua. Une fuite sans fin puisque ce dernier avait planté un dard magique sur Poutini lui permettant de les localiser. Poutini n’eut alors d’autre choix que d’enfermer la beauté de Waitaki dans une pierre de jade qu’il coucha ensuite dans le lit d’une rivière. En découvrant sa femme ainsi pétrifiée, Tamaahua aurait entonné un chant funéraire qui résonne encore à travers les montagnes et les fjords, à l’instar de celui de Milford Sound.