Alanguies face à la Dalmatie du nord, les quelques 180 îles qui constituent l’archipel des Kornati s’égrainent tels des confettis entre Zadar et Sibenik. Nature souveraine, falaises abruptes et mer d’émeraude : autant de caractéristiques qui ont inspiré à l’écrivain irlandais George Bernard Shaw sa célèbre anecdote créationniste selon laquelle « le dernier jour de la création, Dieu voulut couronner son Œuvre, c’est pourquoi il créa les îles Kornati avec des larmes, des étoiles et du souffle ». Poétique, n’est-ce pas ? Eh bien figurez-vous que la réalité l’est tout autant. D’autant que le parc national, instauré en 1980, veille au grain sur ces beautés. D’une superficie de 220 kilomètres carrés, cette zone protégée comprend 89 îles et leurs fonds marins. 

Des pépites rocailleuses désertes

Depuis le pont du bateau qui mène à l’archipel, d’immenses parois acérées surgissent des eaux. Certaines atteignent les 60, voire 80 mètres de hauteur. Un paysage karstique vertigineux typique des îles Kornati. Retranchées derrière leurs murailles, ces dernières abritent des terres arides caressées par les douces essences de thym, de laurier, de myrte sauvage, de romarin, aussi appelé herbe du souvenir… Un doux bouquet de senteurs qui contraste avec la rudesse et l’âpreté des lieux. D’ailleurs, ici, aucun habitat permanent. Seuls quelques continentaux cultivent des champs d’oliviers et des vignes, laissant la nature s’épanouir à sa guise. Une prérogative dont elle s’enorgueillit, accueillant à l’ombre de ses criques et de ses failles rocheuses, nombre d’espèces de lézards et d’oiseaux. Goélands, faucons ou encore cormorans survolent les lieux, en un majestueux ballet aérien.

Une vie sous-marine foisonnante

Il faut se jeter à l’eau, au sens littéral, pour découvrir le versant aquatique de ces îles. Un spectacle tout aussi enjôleur que celui proposé sur la terre ferme. Et pour cause, leurs fonds marins, d’une transparence inégalée, laissent entrevoir une biodiversité d’une richesse inouïe. Dauphins, tortues, éponges de mer, coraux ciselés tels des bijoux font les beaux jours des plongeurs. Sans oublier les quelques 160 espèces de poissons qui peuplent les eaux des Kornati. Toutefois, pas questions de s’aventurer vers les profondeurs abyssales de l’Adriatique seul. L’archipel étant préservé par un parc national, ceux qui se sentent l’âme d’un Cousteau doivent impérativement faire appel à un organisme agréé. Une façon supplémentaire de garantir la pérennité de cet écosystème aussi splendide que fragile.