Dans le Nord-Pas-de-Calais, pas une kermess, pas une braderie, pas un carnaval ne saurait avoir lieu sans qu’un géant pointe le bout de son nez. Véritable institution, ces personnages fédèrent la population depuis le 16ème siècle. Aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, cette tradition est plus vivace que jamais. Près de 500 colosses sont ainsi répertoriés dans la région.

Des géants venus… d’Espagne

Si l’origine des géants reste floue, l’hypothèse la plus répandue raconte qu’ils auraient fait leur apparition dans le Nord de la France au 16ème siècle, époque à laquelle la région était rattachée aux Pays-Bas espagnols. Ces immenses figurines, présentes dans la péninsule ibérique depuis le 13ème siècle, se seraient alors implantées dans la région. La plus ancienne d’entre elles ? Gayant de Douai. Celui-ci, dont le nom en picard signifie tout simplement « géant », aurait vu le jour en 1530.

Initialement, les géants prennent les traits de personnages mythologiques ou religieux. Mais certains s'octroient quelques libertés, suscitant la colère de l’Église. Interdits de défiler lors des processions religieuses, ils investissent alors les fêtes païennes. Grâce à l'attachement que portent les habitants à ces figurines démesurées, elles survivent à toutes les époques. Même à la Révolution qui a voulu enrayer la tradition, la trouvant trop proche des valeurs de l’Ancien Régime. Aujourd’hui, plus personne n’oserait toucher à ces emblèmes régionaux tant ils participent à la mémoire collective.

Un rituel savamment orchestré

Dans le Nord de la France, chaque géant possède son jour officiel de sortie. Á Cassel, une petite ville située à une quarantaine de kilomètres de Lille et de son vieux centre historique, l’illustre Romain Reuze Papa prend l’air chaque lundi de Pâques. Il est accompagné de son épouse Reuze Maman. Car comme les Hommes, les géants naissent, se marient, ont des enfants et meurent.

Une vie bien remplie qu’ils doivent au savoir-faire des artisans géantiers. Fabriquer ou restaurer de telles pièces ne s’invente pas. Il s’agit d’un véritable travail de titan, d’autant que la plupart d’entre elles mesurent entre trois et neuf mètres de haut. Constituées d’une structure conique en osier, ces dernières sont ensuite sculptées avec du papier mâché, puis costumées. Un choix de matériaux qui s’explique par leur solidité et leur légèreté. En effet, traditionnellement, les mannequins sont portés par des hommes, qui doivent alors soulever une centaine de kilos à bout de bras. Une prouesse qui insuffle du dynamisme aux géants, donnant l’impression qu’ils se dandinent à mesure qu’ils avancent. Si certains s’octroient l’aide de roulettes ou de chars, ce n’est pas du goût des plus conservateurs. Un différend qu’ils oublient vite quand il convient de faire la fête avec les géants.