Elles ne sont pas grandes, les Solovski. À elles six, elles ne totalisent pas plus de 347 km², soit la même superficie que Malte, l’île de miel de la Méditerranée. Situé au nord-est de la Russie, à quelque 160 km du cercle polaire, l’archipel offre de magnifiques paysages typiques du Grand Nord russe. Un panorama exceptionnel rehaussé par l’architecture remarquable de la massive forteresse monastique de l’île Solovski, l’île principale.

Pénétrez en territoire sacré

Érigé au XVe siècle, le monastère est un lieu culte et hautement symbolique jusqu’au début du XXe siècle. Et si ses bulbes argentés rappellent la silhouette de la célèbre basilique Saint-Basile-le-Bienheureux sur la non moins célèbre place Rouge de Moscou, la comparaison s’arrête là. À sa création, le site est l’un des plus importants points fortifiés de la frontière nord et ses tours de garde, rondes ou pointues, ses tourelles et murailles ont conservé toute leur superbe. Bordée par une dense forêt de pins noirs, le monastère abrite plusieurs églises et cathédrales mais aussi des cuisines, réfectoires, dortoirs et blanchisserie qui rappellent qu’ici vivaient autrefois 350 moines et près de 700 artisans et paysans. Aujourd’hui, seuls une quarantaine de religieux habitent les lieux mais la solennité du site, elle, demeure intacte. Une gravité liée notamment à l’histoire des communautés orthodoxes qui se sont succédées entre ces pierres, faisant du monastère, jusqu’au début des années 1920, un lieu d’exil pour les opposants au régime ou à la religion orthodoxe officielle.

L’un des pires goulags de l’époque stalinienne

C’est après la révolution russe et aux lendemains de l’accession de Lénine au pouvoir, que les bolchevicks décident de fermer le monastère. Et dès 1922, les opposants aux régimes commencent à y être emprisonnés, rapidement rejoints par une horde de prisonniers juifs, tsiganes ou issus de diverses minorités ethniques. Développé par Staline, qui y enverra notamment toute l’intelligentsia de la Russie postrévolutionnaire, le camp deviendra rapidement le premier goulag d’URSS et l’un des pires. L’été, les prisonniers affrontent le typhus qui fait des ravages dans cette région marécageuse. L’hiver, ils subissent pendant près de neuf mois des températures pouvant atteindre - 50 degrés. Soumis aux travaux forcés, mal-nourris, torturés, des milliers de Russes furent emprisonnés aux Solovski entre le début des années 1920 et la fermeture du camp en 1939. Aujourd’hui encore, nul ne sait combien y périrent.

Ce n’est qu’en 1991 et avec la dislocation de l’Union soviétique que le site retrouvera ses fonctions ecclésiastiques. Aujourd’hui, les îles Solovski comptent, à l’instar du lac Baïkal en Sibérie, parmi les monuments classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.