Ah l’automne, quelle saison des plus poétiques. Le ciel bleu vire peu à peu au gris cotonneux, les températures baissent et nos coeurs se réchauffent à la contemplation des couleurs chatoyantes dont se parent les paysages. Un tableau tout en contraste dont la Gaspésie, au Québec, se fait la digne représentante. Aussi belle soit cette métamorphose naturelle, celle-ci n’a pourtant pas seulement vocation à nous émerveiller. Et pour cause, si les feuilles des arbres affichent un flamboyant camaïeu automnal, c’est avant tout un prélude à la rudesse hivernale.

Le ballet des pigments : du vert au rouge orangé

Au printemps, dès le moment de leur éclosion, les feuilles sont vertes. Une couleur due à un pigment indispensable à la survie des végétaux : la chlorophylle. Acteur clé de la photosynthèse, celle-ci fabrique du sucre à partir de la lumière du soleil assurant ainsi la nutrition de l’arbre. Un processus qui s’arrête avec l’arrivée de l’automne. En effet, à cette saison, les températures chutent, les journées diminuent et le soleil se raréfie. Autant de signaux climatiques qui annoncent aux arbres la venue prochaine de l’hiver. Ces derniers se mettent alors progressivement en veille et la photosynthèse est stoppée. Dès lors, la chlorophylle, qui n’a plus lieu d’être, cède sa place aux autres pigments qu’elle occultait jusque-là. À commencer par ceux de la famille des caroténoïdes, qui réfléchissent la lumière rouge, orange et jaune. C’est ainsi que les feuilles revêtent leur éphémère manteau flamboyant.

Le marron : ultime couleur des feuilles avant leur chute

Plus on se rapproche du mois de décembre, plus les feuilles perdent de leur éclat. Et ce, précisément car l’arbre les laisse mourir avant d'emmagasiner le plus de nutriments possible. Se forme alors un petit bouchon à la base des queues des feuilles, aussi appelées pétioles en botanique. Privées de sève, celles-ci se vident de leur substance. Toutes brunes et desséchées, elles finissent par s’envoler aux moindres bourrasques de vent, laissant derrière elles les branches décharnées affronter seules les aléas météorologiques de l’hiver. Mais bientôt les arbres dépouillés accueilleront une myriade de bourgeons et ainsi de suite.

Un éternel recommencement, réglé comme du papier à musique, qui suit le doux tempo des saisons.